27 juillet 2008

Club Valdaï

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On est début 2004 et nous sommes une quinzaine à être réunis dans le bureau de la directrice de RIA Novosti Svetlana Mironiouk pour discuter de quelques projets de l’agence. La réunion touche à sa fin quand Svetlana décide de nous faire part d’un projet que vient de lui transmettre Andrey Zolotov, rédacteur en chef du magazine Russia Profile édité par RIA Novosti. On approche à l’époque le 20ème anniversaire du début de la perestroïka et l’idée d’Andrey est de réunir en Russie pendant quelques jours des journalistes étrangers qui ont vécu la perestroïka en étant en poste à Moscou. Pour beaucoup d’entre eux cette période riche en actualité est devenu un vrai tremplin dans leur carrière leur amenant depuis aux postes importants dans les médias internationaux. Andrey propose de leur faire rencontrer des personnalités et des experts russes, et tout cela dans le cadre de l’ancienne datcha de Staline à Valdaï, une belle région naturelle au nord-ouest de la Russie. A part son exotisme ce décor soviétique doit servir à mieux disposer les participants, qui auront plus facilement pris du recul, à discuter de «  la Russie à la charnière des siècles », le thème qu’il suggère pour cette réunion. Svetlana est emballée, son enthousiasme nous envahi aussi, même si l’idée d’Andrey évolue au fur et à mesure et la réunion d’ex-correspondants en URSS devient, plus généralement, celle d’experts et de journalistes spécialistes de la Russie. On s’y met donc à fond bien qu’on néglige parfois la forme : « Ces invitations anonymes par courrier électronique, au dernier moment qui plus est… Ce n’est pas ainsi que l’on procède !”, dira le directeur de l’IFRI Thierry de Montbrial qui hésitera avant de venir tellement notre invitation lui semblera maladroite.  

C’est ainsi que naissait le Club de discussion Valdaï, devenu un rendez-vous annuel incontournable pour les connaisseurs de notre pays, un lieu de débats et d’échanges, une possibilité de rencontrer les plus hauts responsables russes. Drôle de détail, les réunions du Club ne se sont jamais tenues à Valdaï dont il porte le nom, la datcha de Staline s’étant avérée trop petite. C’est seulement en passant que les invités de la première édition du Club ont découvert cette demeure historique où Staline n’aurait séjourné en réalité qu’une seule fois. Novgorod le Grand en 2004, Tver en 2005, Khanty-Mansiysk en 2006, Kazan en 2007, dans quelques semaines Rostov-sur-le-Don, au sud de la Russie - les débats sont à chaque fois accompagnés de la découverte d’une région, et un long entretien avec le président russe clôture traditionnellement ce forum, réunissant au début de septembre une cinquantaine d’invités étrangers et autant de russes.  

Avec le changement du pouvoir en Russie en mars dernier nous avions tous des doutes au sujet du sort du Club Valdaï… Pendant longtemps rien n’était clair, y compris la question « cruciale » : est-ce que le président Medvédev recevra les invités ? Et rencontreront-ils le premier ministre Poutine, leur hôte habituel ?.. « Je suis prêt à parier qu’ils seront deux à nous inviter cette année », supposait à l’époque Thierry de Montbrial. En effet, les deux rendez-vous sont pour l’instant programmés pour cette cinquième réunion du Club baptisée « La révolution géopolitique mondiale du début du XXIe siècle. Le rôle de la Russie  ».

Le programme de cette année doit en ravir plus d’un, et je pense plus particulièrement à Eric Hoesli, journaliste et écrivain suisse, un des plus fins connaisseurs de Russie passionné du Caucase et auteur de « A la conquête du Caucase : Epopée géopolitique et guerres d’influence » (2006) : une escale à Groznyï et un rendez-vous avec le président tchétchène Ramzan Kadyrov sont prévus. Bonne nouvelle - le brillant Alexandre Adler nous rejoint cette année, non sans que le bureau parisien ait mis un peut plus d’âme pour appuyer ces invitations centralisées par courrier électronique qui ne l’avaient jamais accroché avant. Une autre première - le lideur de « L’autre Russie », Garry Kasparov devrait rejoindre la liste de représentants de l’opposition qui, comme Grigory Yavlinsky ou Irina Khakamada, ont déjà participé aux réunions du Club Valdai, ou, comme Vladimir Ryzhkov ou Mikhail Délyaguine, y ont même leurs habitudes. Sauf imprévu Garry Kasparov devrait rencontrer les participants du Club autour d’un petit déjeuner, avant qu’ils n’enchaînent plusieurs rendez-vous avec des ministres et des « siloviki ». Peut-être l’ancien champion du monde d’échecs changera-t-il maintenant d’avis sur le compte de RIA Novosti

Photo: Pendant la réunion du Club Valdaï à Tver, en septembre 2005: Marshall Goldman (avec le pain et le sel), John Connor, Michael Binyon, Richard Sakwa, Marie Mendras, Jan Carnogursky, Michael McFaul, Paul Sonders… © RIA Novosti

15 juin 2008

L'histoire d'un drapeau

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Dans cette pièce d’apparat à l’Ambassade de Russie boulevard Lannes on est trois journalistes ce soir, tous russes. On est venu à cause d’un drapeau. Son histoire m’était inconnue avant le coup de fil de l’Ambassade la veille, mais arrivée sur place je regrette presque d’apprendre qu’on ne le verra pas ce jour-là, ce premier drapeau blanc-bleu-rouge de la nouvelle Russie.  

C’est le 22 août 1991 qu’un drapeau à trois bandes horizontales : blanche, bleue et rouge flotte pour la première fois sur la Maison blanche, le siège du « parlement russe » de l’époque. L’URSS, avec à sa tête le président Mikhail Gorbatchev, vient de connaître une tentative de coup d’Etat: un groupe d’hommes politiques et de militaires veut empêcher la fin imminente de l’Union soviétique. Pendant ces quelques jours d’été les moscovites voient des chars rouler dans le centre-ville et quelques personnes sont mortes. Cette tentative s’échoue, le président de la République soviétique fédérale de Russie Boris Eltsine s’impose comme un véritable lideur national. Le 22 août les députés russes se réunissent pour une assemblée extraordinaire marquant la victoire de la nouvelle Russie. Dans un élan commun ils proclament un nouveau symbole d’Etat – le drapeau blanc-bleu-rouge, cet ancien attribut militaire et commercial devenu le drapeau officiel de l’Empire russe sous Nicolas 2, en 1896.

Il est décidé de faire lever le nouveau drapeau le jour-même, lors d’un meeting conduit par Boris Eltsine. Par le jeu de circonstances c’est celui qui décore le bureau du ministre du commerce extérieur, Victor Yarochenko, qu’on arrive à trouver le plus vite. Ce drapeau de 2 sur 3 mètres, Yarochenko l’a fait confectionner un an avant, en 1990, en Suède, ou se déroulait un salon commercial soviétique - le ministre avait eu l’idée de décorer ainsi le pavillon russe... Ce premier drapeau n’a flotté dans les cieux moscovites que jusqu’au lendemain, quand on l’a remplacé par un autre, un vrai – plus grand et plus solide – et l’a rendu à son « propriétaire ». Un an plus tard Yarochenko est nommé le représentant commercial de Russie en France, il apporte le drapeau historique avec lui à Paris, sa mission terminée Yarochenko reste en France, le drapeau aussi... Depuis 17 ans Victor Yarochenko espérait ouvrir un veritable musée, car il avait gardé plusieurs autres objets, tous témoins des changements historiques du début des année 90. Le musée du drapeau russe, il l'a bien enregistré à Paris et à Moscou, mais des fonds ne se sont jamais trouvés pour qu'il devienne une realité. 

Ce jour-là à l’Ambassade de Russie on assiste donc à la signature d’un accord qui réglera pour toujours le sort de ce drapeau oublié. Tout s'est décidé à la suite d’une lettre au président russe écrite deux mois avant : c’est le célèbre musée d’Hermitage à Saint-Petersbourg qui le gardera désormais. Le moment solonnel passé, une coupe de champagne à la main on discute avec Nikolai Morozov d'ITAR-TASS, puis je file, lui aussi ne tarde pas de partir, sans doute dépêchons-nous l'un et l'autre pour être le premier à annoncer cette nouvelle cruciale dans nos dépêches.

P.S. Tout à l'heure, pile au moment de finir ce billet, 10 jours après les faits, un coup de fil - c'est Viktor Yarochenko qui appelle pour me remercier d'un echo "sympa" que RIA Novosti en a donné...

Photo: Les defenseurs de la "Maison blanche" à proximité de l'un des chars introduits dans Moscou le 19 août 1991 après que les membres du Comité d'Etat pour l'état d'urgence aient décrété l'état d'urgence dans la capitale. © RIA Novosti 

21 mars 2008

Un peu d'ITAR-TASS

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Au bureau parisien de RIA Novosti on est huit à plein temps aujourd’hui : 3 journalistes russes et 5 collaborateurs français. Ils étaient une trentaine dans les années 70. Sur une vielle photo que garde toujours Dominique Duperron, responsable de photothèque, c’est Vladimir Katine qui dirige l’équipe. Une dizaine de directeurs se sont succédés après, le bureau s’est beaucoup rétréci, mais il n’y a pas un seul parmi mes collaborateurs français d’aujourd’hui qui y travaille moins de 20 ans. Quel drôle d’effet cela doit leur faire quand ils ont comme chef une jeune femme comme moi qui il y a trois ans encore venais travailler à leurs cotés en tant que stagiaire. En effet, on ne devient pas chef du bureau à 30 ans en France, me dit Piotr Smolar du Monde.

Il y a trente ans RIA Novosti s’appelait APN (Agence de presse Novosti) et n'était pas encore une agence de presse dans le sens classique. APN était une agence de propagande, employant les commentateurs et les journalistes qui racontaient la vie en URSS dans la presse étrangère et éditant des dizaines de ses propres magazines partout dans le monde. C’est TASS (Agence télégraphique de l’Union soviétique) qui détenait alors le monopole en terme de « news ». Les bureaux du TASS, avenue Bosquet, notre chauffeur Carlos les connaît bien. En 1977 déjà il y allait tous les matins pour récupérer les dépêches, me raconte-il alors que j’y vais enfin, au bout de 6 mois de travail à Paris,  pour faire la connaissance de Dmitry Gorokhov, chef du bureau.

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Aujourd’hui RIA Novosti n’a plus besoin de dépêches de TASS, depuis 1991 nous sommes nous-même une agence de presse à part entière. La publication de « L’étude soviétique » en France a été arrêtée depuis une vingtaine d’années, et le rez-de-chaussée de nos bureaux est vide sans l'imprimerie qu'il abritait à l'époque.. Tout est en ebullition à Moscou en revanche. La nouvelle « news room » multimédia de RIA Novosti boulevard Zoubovsky à Moscou qui regroupe en 1 100 mètres carrés 300 correspondants et rédacteurs travaillant dans diverses langues avec les textes traditionnels, les photos, les vidéo, l'infographie, etc., a été inaugurée en janvier. Tous les trois on était déjà à Paris, et il est vrai qu’ici, dans le bureau de représentation que nous sommes, il peut nous arriver parfois d’avoir l’impression que cela se passe ailleurs...  

Cela ne dure pas longtemps en tout cas... Grandes tâches et petites tâches, le travail ne manque pas. Mon « marathon d’automne » risque de durer. Partir quelque part tous les week-ends – me conseillait le confrère d’ITAR-TASS. Avec ma BMW, pourquoi ne le fait-on pas, justement ?

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Des images qui parlent bien de la spécificité de la mission de l’agence TASS et de l’APN à l’époque:

Photo 1: Les ouvriers d’un sovkhoz écoutent la dépêche de TASS sur le vol du vaisseau spatial Vostok avec Youri Gagarine à bord (le 14 avril 1961). © RIA Novosti  

Photo 2: Les dirigeants de l’Agence de presse Novosti (APN) montrent à Youri Gagarine des articles de l’APN sur les succès de l’industrie spatiale soviétique publiés dans la presse internationale (le 14 avril 1964). © RIA Novosti