15 juin 2008

L'histoire d'un drapeau

Dans cette pièce d’apparat à l’Ambassade de Russie boulevard Lannes on est trois journalistes ce soir, tous russes. On est venu à cause d’un drapeau. Son histoire m’était inconnue avant le coup de fil de l’Ambassade la veille, mais arrivée sur place je regrette presque d’apprendre qu’on ne le verra pas ce jour-là, ce premier drapeau blanc-bleu-rouge de la nouvelle Russie.  

C’est le 22 août 1991 qu’un drapeau à trois bandes horizontales : blanche, bleue et rouge flotte pour la première fois sur la Maison blanche, le siège du « parlement russe » de l’époque. L’URSS, avec à sa tête le président Mikhail Gorbatchev, vient de connaître une tentative de coup d’Etat: un groupe d’hommes politiques et de militaires veut empêcher la fin imminente de l’Union soviétique. Pendant ces quelques jours d’été les moscovites voient des chars rouler dans le centre-ville et quelques personnes sont mortes. Cette tentative s’échoue, le président de la République soviétique fédérale de Russie Boris Eltsine s’impose comme un véritable lideur national. Le 22 août les députés russes se réunissent pour une assemblée extraordinaire marquant la victoire de la nouvelle Russie. Dans un élan commun ils proclament un nouveau symbole d’Etat – le drapeau blanc-bleu-rouge, cet ancien attribut militaire et commercial devenu le drapeau officiel de l’Empire russe sous Nicolas 2, en 1896.

Il est décidé de faire lever le nouveau drapeau le jour-même, lors d’un meeting conduit par Boris Eltsine. Par le jeu de circonstances c’est celui qui décore le bureau du ministre du commerce extérieur, Victor Yarochenko, qu’on arrive à trouver le plus vite. Ce drapeau de 2 sur 3 mètres, Yarochenko l’a fait confectionner un an avant, en 1990, en Suède, ou se déroulait un salon commercial soviétique - le ministre avait eu l’idée de décorer ainsi le pavillon russe... Ce premier drapeau n’a flotté dans les cieux moscovites que jusqu’au lendemain, quand on l’a remplacé par un autre, un vrai – plus grand et plus solide – et l’a rendu à son « propriétaire ». Un an plus tard Yarochenko est nommé le représentant commercial de Russie en France, il apporte le drapeau historique avec lui à Paris, sa mission terminée Yarochenko reste en France, le drapeau aussi... Depuis 17 ans Victor Yarochenko espérait ouvrir un veritable musée, car il avait gardé plusieurs autres objets, tous témoins des changements historiques du début des année 90. Le musée du drapeau russe, il l'a bien enregistré à Paris et à Moscou, mais des fonds ne se sont jamais trouvés pour qu'il devienne une realité. 

Ce jour-là à l’Ambassade de Russie on assiste donc à la signature d’un accord qui réglera pour toujours le sort de ce drapeau oublié. Tout s'est décidé à la suite d’une lettre au président russe écrite deux mois avant : c’est le célèbre musée d’Hermitage à Saint-Petersbourg qui le gardera désormais. Le moment solonnel passé, une coupe de champagne à la main on discute avec Nikolai Morozov d'ITAR-TASS, puis je file, lui aussi ne tarde pas de partir, sans doute dépêchons-nous l'un et l'autre pour être le premier à annoncer cette nouvelle cruciale dans nos dépêches.

P.S. Tout à l'heure, pile au moment de finir ce billet, 10 jours après les faits, un coup de fil - c'est Viktor Yarochenko qui appelle pour me remercier d'un echo "sympa" que RIA Novosti en a donné...

21 mars 2008

Un peu d'ITAR-TASS

Au bureau parisien de RIA Novosti on est huit à plein temps aujourd’hui : 3 journalistes russes et 5 collaborateurs français. Ils étaient une trentaine dans les années 70. Sur une vielle photo que garde toujours Dominique Duperron, responsable de photothèque, c’est Vladimir Katine qui dirige l’équipe. Une dizaine de directeurs se sont succédés après, le bureau s’est beaucoup rétréci, mais il n’y a pas un seul parmi mes collaborateurs français d’aujourd’hui qui y travaille moins de 20 ans. Quel drôle d’effet cela doit leur faire quand ils ont comme chef une jeune femme comme moi qui il y a trois ans encore venais travailler à leurs cotés en tant que stagiaire. En effet, on ne devient pas chef du bureau à 30 ans en France, me dit Piotr Smolar du Monde.    

Il y a trente ans RIA Novosti s’appelait APN (Agence de presse Novosti) et n'était pas encore une agence de presse dans le sens classique. APN était une agence de propagande, employant les commentateurs et les journalistes qui racontaient la vie en URSS dans la presse étrangère et éditant des dizaines de ses propres magazines partout dans le monde. C’est TASS (Agence télégraphique de l’Union soviétique) qui détenait alors le monopole en terme de « news ». Les bureaux du TASS, avenue Bosquet, notre chauffeur Carlos les connaît bien. En 1977 déjà il y allait tous les matins pour récupérer les dépêches, me raconte-il alors que j’y vais enfin, au bout de 6 mois de travail à Paris,  pour faire la connaissance de Dmitry Gorokhov, chef du bureau.

Aujourd’hui RIA Novosti n’a plus besoin de dépêches de TASS, depuis 1991 nous sommes nous-même une agence de presse à part entière. La publication de « L’étude soviétique » en France a été arrêtée depuis une vingtaine d’années, et le rez-de-chaussé de nos bureaux est vide sans l'imprimerie qu'il habritait à l'époque.. Tout est en eboulition à Moscou en revanche. La nouvelle « news room » multimédia de RIA Novosti boulevard Zoubovsky à Moscou qui regroupe en 1 100 mètres carrés 300 correspondants et rédacteurs travaillant dans diverses langues avec les textes traditionnels, les photos, les vidéo, l'infographie, etc., a été inaugurée en janvier. Tous les trois on était déjà à Paris, et il est vrai qu’ici, dans le bureau de représentation que nous sommes, il peut nous arriver parfois d’avoir l’impression que cela se passe ailleurs...  

Cela ne dure pas longtemps en tout cas... Grandes tâches et petites tâches, le travail ne manque pas. Mon « marathon d’automne » risque de durer. Partir quelque part tous les week-ends – me conseillait le confrère d’ITAR-TASS. Avec ma BMW, pourquoi ne le fait-on pas, justement ?