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27 mai 2008
Tchat avec Frédéric Beigbeder
"Je n'aurais pas passé des années à venir et à écrire sur ce pays si je ne l'aimais pas", dit Beigbeder. Et pourtant Au secours pardon peut agacer le lecteur russe. Les mannequins, les oligarques, les nuits folles, les orgies,.. même si tout cela existe, tout le monde en Russie ne vit pas cette vie, ne la connaît pas. Sans parler de clichés, on peut avoir l'impression d'exagération.
Acceptera-t-il de faire ce tchat ? Est-ce que les questions vont être méchantes ? Comment est-il ?... Coup de téléphone chez Grasset, un mail, encore un coup de téléphone, encore un mail – son attaché de presse n’a jamais donné suite à la demande. C’est par Inostranka, sa maison d'éditions en Russie, qu’on a pu avoir ses coordonnées.
Seul avec son chat au 2ème étage de sa maison de Saint-Germain des près Frédéric Beigbeder nous répond longuement aux questions recueillies sur le site de RIA Novosti en russe. L’entretien porte sur beaucoup de choses, les internautes russes ne semblent pas détester le roman, et c’est sa personnalité qui les intéresse surtout. La création est-elle pour vous une nécessité ? Pourriez-vous ne pas créer ? - Comment voyez-vous votre vie dans vingt ans ? - Comment vous définissez-vous, qui êtes-vous ? - Quelle œuvre avez-vous relue le plus grand nombre de fois ? - Quel comportement avez-vous avec les femmes russes ? - Votre rêve ? - Faites-nous part d'un événement ou d'une rencontre qui vous ont fortement marqué. - Qu'est-ce qui vous rend heureux, et l'êtes-vous souvent ? - Aimez-vous la solitude ? - Qui sont vos amis ? - Est-ce que le héros de L'Amour dure trois ans vous ressemble? ... (Oui, c'est lui-même, dans ce roman qui se lit d'un seul coup tout est la vérité). Il est intéressant à écouter. Il s’avère gentil, et surtout il ne se prend pas au sérieux. "Il t’a draguée ?", demande une amie française. Non, loin de cela. Il a dit " A bientôt, Alexandra ", mais c'était juste une formule de politesse.
"Depuis la première fois que je me suis rendu à Moscou, en l'an 2000, je suis tombé amoureux de ce pays. Il y a toutes les qualités, toutes les choses que j'aime. J'aime faire la fête, avoir des conversations littéraires interminables jusqu'à six heures du matin, j'aime les poètes clodos, j'aime l'alcool, les très jolies femmes, les milliardaires dépravés, les fleuves, les paysages, les nuages", - confiait l'écrivain. Il parlait aussi du polonium, mais cela a été jugé trop délicat pour être publié...
Photo: Frédéric Beigbeder lors de l'entretien, chez lui.
22:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : beigbeder, internet, russie, litterature, ecrivain
16 mai 2008
RIA Novosti – Noga: on a gagné !
Le nom de la compagnie suisse Noga m'était familier sans que je connaisse les détails de ce long litige datant du début des années 90 qui la lie avec le Gouvernement russe. S’affirmant creancière de ce dernier Noga a procedé par le passé à plusieurs saisies des biens russes à l’étranger, dont certaines, notamment l’affaire du voilier Sedov en France ou celle d'une collection de tableaux du Musée Pouchkine en Suisse, ont reçu une large couverture médiatique en Russie.
Il y a quatre mois et demie l’affaire Noga nous a pourtant touché de près, même si la lettre de la banque qui m'attendait au retour des vacances d’hiver ne nous a pas fait réaliser tout de suite la gravité de la situation : «Nous vous informons que par procès-verbal du 2 janvier 2008, Messieurs P.Robert et M.Robert, Huissiers de justice à Paris, nous ont signifié une saisie-attribution comportant également saisie des valeurs mobilières à votre encontre, à la requête de la Compagnie Noga d'Importation et d’Exportation,…, pour la somme de 49 006 941,20 euros. A ce titre nous avons déclaré que votre compte comportait le solde suivant, sous réserve du dénouement des opérations en cours : … 79 510, 17 euros». Mais cela s’avère grave, l’argent sur le compte de bureau parisien de RIA Novosti a bien été bloqué. Pourquoi ? Comment ? Qu'est-ce que RIA Novosti a à faire avec cette histoire ?..
La saisie ne nous ayant jamais été notifiée, je me procure une copie du procès-verbal adressé à la banque. Par le biais de son huissier, Noga y indique à coté du Gouvernement de Russie, son prétendu débiteur, tout un nombre de différents organismes et sociétés russes, dont l’Agence RIA Novosti, « en tant que tous constituent des émanations du Gouvernement de la Fédération de Russie ».
On va donc assigner Noga pour obtenir la mainlevée. Par ses statuts RIA Novosti est une personne morale distincte et indépendante du Gouvernement de Russie. Et même si nous sommes une entreprise publique, « entreprise fédérale unitaire d’Etat » plus précisément, RIA Novosti dispose de son propre patrimoine qui lui est confié par l’Etat « en gestion économique » - une notion du droit russe très proche de celle du droit de la propriété.
Un dossier de plusieurs centimètres de largeur comportant une assignation d'une vingtaine de pages rédigée par Me Renaud Thominette détaille tout cela, après des semaines passées entre des rendez-vous, des discussions téléphoniques, des mails... Pendant la plaidoirie l’avocat de Noga est pourtant très éloquent lui aussi. Il nous qualifie d’« une porte-parole disciplinée du Gouvernement », la raison pour laquelle l’état « se paye le luxe » de nous entretenir. Il va jusqu'à jeter sur le bureau du juge un numero du Monde en disant : regardez, toute la presse internationale parle des manifestations de l’opposition en Russie (Medvedev vient tout juste d'être élu le nouveau président), mais pas un mot dans les dépêches de RIA Novosti ! Nous serions donc bien une émanation du Gouvernement... Ce discours-là n’est pas du domaine du droit, me rassure Me Thominette...
En effet. Me Philippe Scarzella que je croise aujourd'hui au Palais de justice le reconnaît lui-même. "C'était pour faire des effets au juge", dit-il quand on discute après avoir pris connaissace de la décision du juge, rendue aujourd’hui, après plus de deux mois d'attente. La décision est en notre faveur. Le juge « dit que RIA Novosti est une personne morale distincte du Gouvernement de la Fédération de Russie, dit en concéquence qu'elle n'est pas tenue de dettes de ce dernier, déclare nulle la saisie-attribution.., ordonne la mainlevée.. ». Nos comptes seront donc débloqués. Et si en plus Noga nous payait 30 000 euros de dommages et intérêts et de frais d'avocat, ordonnés par le juge... Ne nous berçons pas d'illusions! En tout cas, c'était une expérience. Bref, il faudra fêter!
Photo: Au retour du Palais de justice, ce vendredi 16 mai.
19:23 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : noga, ria novosti, russie, suisse, justice, proces
06 mai 2008
De Paris à Dakar, souvenirs russes
Mais nous sommes en France, et le nom de ce pays francophone de l’ouest de l’Afrique subsaharienne est presque immédiatement apparu à l’ordre du jour quand on cherchait où aller pour les vacances scolaires d’avril. Amis parisiens, agents de voyages, ils étaient plusieurs à nous conseiller le Sénégal. On n’en connaît rien et cela a l’air exotique - c’est donc décidé.
Sans doute étions-nous les premiers russes à demander le visa au Sénégal à son Ambassade à Paris. Mauvaise surprise nous attend – pour la Russie une consultation de Dakar est exigée ! Trois semaines plus tard Dakar n’ayant jamais répondu (!), on débarque au Sénégal avec des visas qu’il faut renouvler sur place car ils ne couvrent pas l’integralité de notre sejours.
On est au bord de l’océan, à 2 heures de Dakar, et du coup appeler l’Ambassade de Russie pour demander leur aide demande un vrai effort. Après le premier contact avec le consul c’est l’ambassadeur lui-même qui se charge de notre dossier. Joint au téléphone, il m'émerveille par son extrême gentillesse. Il ne peut rien garantir, mais il fera tout le possible pour régler notre petit problème. Pas besoin qu’on fasse un détour à Dakar, « les routes ici ne sont pas à la hauteur, je ne veux pas vous faire passer une telle épreuve », il va nous envoyer son chauffeur pour récupérer nos passeports... « Je me souviens bien de vous », me dit-il à la fin. Pas possible, il se trompe évidemment. Non, il ne se trompe pas, Alexandre Vassilievitch Choulguine. On s’est en effet rencontré à Moscou il y a trois ans pendant une réunion au Ministère des affaires étrangères, il était alors directeur adjoint du Premier département de l’Europe chargé des relations avec la France , moi – travaillais dans la section française du Département des relations internationales de RIA Novosti. Je n’en reviens pas, tellement cette coïncidence me semble impossible... Lui aussi a été plus que surpris. « Mais qu’est-ce qu’elle fait dans notre petit coin du monde oublié par le dieu ?! », était sa première pensée. C’est que s’il y en a du tout, les touristes russes venant chaque année au Sénégal se comptent sûrement avec les doigts d’une main !
Ils sont une trentaine à Dakar, dont 10 diplomates, « 11 avec moi », précise l’ambassadeur quand on lui rend une visite-surprise profitant d’une excursion qui nous amène jusqu’à Dakar. Il connaît bien les locaux de RIA Novosti place du Général Catroux à Paris, il a été en poste en France quand notre immeuble était encore occupé par l’Ambassade, il y a plus de trente ans... Il y avait donc déjà un marché et un Monoprix rue Lévis à l’époque... Alexandre Vassilievitch nous raconte comment s’est réglée la question de nos visas. Encore un coïncidence : un rendez-vous avec le ministre sénégalais de l’intérieur était programmé. Pendant le rendez-vous le ministre parle entre autres de sa volonté de favoriser le tourisme russe au Sénégal, mais justement, lui dit l’ambassadeur, il y a des touristes russes qui ont un petit souci...Le Sénégal n’existait pratiquement pas pour moi avant. Je n’était pas loin de ce « guide » - tout le monde est guide là-bas dans les zones touristiques – qui nous aborde sur la plage : « La Russie ? Je ne connais pas de tel pays ». J’en sais un tout petit peu plus maintenant, au moins pourrais-je aider Jean-Marie Bigard et Laurent Baffie, sur lesquels je tombe en changeant de chaine au moment de finir ce billet, à choisir, dans cet episode de Qui veut gagner des millions, entre Le Mali, Le Niger, La Gambie et la Mauritanie en répondant à la question « Lequel de ces pays dAfrique n’a pas de frontière commune avec le Sénégal ? ». Et, même si le dernier Ramses de l’IFRI que je prends avec moi au Sénégal et qui y consacre un article n’en dit rien, je sais aussi, encore grâce au site de l’Ambassade de Sénégal en Russie, qu’en octobre 2002 un accord de partenariat dans le demaine d’échange d’information a été signé entre la compagnie sénégalaise Soleil-Grafisol et ... RIA Novosti !
00:32 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : russie, senegal, vacances, dakar, visas


