10 octobre 2008

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07 octobre 2008

Un Français ambitieux, obsédé par l’idée d’être utile*

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La première édition de la World Policy Conference s’est ouverte le 6 octobre à Evian. Ce forum international est consacré aux problèmes globaux du devenir de la planète et au rôle des Etats dans la solution des problèmes mondiaux. Cette conférence, qui doit accueillir de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement ainsi que des hommes politiques de haut niveau, de même que de grands experts de différents pays, sera clôturée le 8 octobre par les présidents de la Russie et de la France, Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy. Voici le portrait de l’auteur de ce projet ambitieux, le directeur de l’Institut Français des Relations Internationales Thierry de Montbrial.


De beaux cheveux ombrés d’une touche de gris, la raie sur le côté, le regard noble et sûr de soi, des manières élégantes mais sans affectation, une silhouette de belle prestance à peine voûtée, à 65 ans, le président de l’Institut Français des Relations Internationales Thierry de Montbrial sait qu’il paraît moins que son âge. Fondateur et directeur immuable d’un des principaux think-thank européens, il sait qu’il fait des envieux. Mais qu’il s’agisse de jalousie, de malveillance, de simple inimitié ou, au contraire, d’un enthousiasme débordant, Thierry de Montbrial réussit à ne pas prêter attention au regard et à l’opinion des autres. “J’ai toujours été ambitieux, reconnaît-il, mais dans un sens tout à fait respectable, j’ai voulu réaliser des choses allant dans le sens de mon destin”.

“En un certain sens, je suis aussi un entrepreneur”

Jeune, il se voyait aussi bien professeur de physique ou de mathématique découvrant des choses formidables qu’homme d’Etat faisant de grandes choses pour le monde. Finalement, Thierry de Montbrial dit avoir “essayé de trouver une espèce de compromis entre la tendance intellectuelle qui a toujours été très profonde chez moi et une certaine forme d’action”. A trente ans, cet ancien Polytechnicien titulaire d’une thèse en économie soutenue à l’Université de Berkeley crée, en 1973, le Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, tout en commençant à enseigner à l’Ecole Polytechnique dont il dirigera le département des sciences économiques pendant près de vingt ans. En 1979, il fonde l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), centre indépendant de recherches sur l’ensemble des questions internationales contemporaines. “Mon ambition, dit-il en parlant de l’IFRI, c’est de laisser derrière moi une grande institution qui… existe encore dans cinquante ou cent ans.” En 1989 l’IFRI emménage dans ses propres locaux sur la rive gauche, dans le 15e arrondissement de Paris. Thierry de Montbrial, qui était à l’époque un des plus jeunes académiciens de toute l’histoire de France, avait réussi à collecter auprès de sponsors 67 millions de francs pour la construction de ce siège. A l’époque, rappelle-t-il, “nombreux étaient ceux qui pensaient que je n’y arriverai pas, qui me jugeaient aventuriste”. Mais il a toujours su trouver un langage commun avec les hommes d’affaires : “Il est vrai, dit-il, que moi aussi, en un certain sens, je suis un entrepreneur.”

D’aucuns diront que l’Institut se trouve dans une situation privilégiée du fait qu’il est subventionné par l’Etat (le budget lui consacre une ligne individualisée). “Pour la France, note un expert de ce pays, cet institut est, pour une large part, une vitrine”. Le financement public est pourtant en régression constante et ne constitue plus que le tiers du budget de l’Institut. “Je me bats constamment pour trouver des fonds”, reconnaît Thierry de Montbrial. En 2005, des bruits ont couru sur une crise au sein de l’Institut : un rapport confidentiel rédigé à la demande du Premier ministre et mentionné par l’Express constatait “(des) méthodes de gestion autoritaires, (une) atmosphère déliquescente”, des secteurs en friche dans la recherche, une perte de prestige. Thierry de Montbrial avait alors répliqué : “si je m’en vais, l’IFRI s’écroule”. La polémique est restée sans suite. “J’ai gagné”, dira-t-il alors. La chance lui aurait-elle souvent souri ? “Oui, bien sûr, répond-il sans hésiter, j’ai eu de la chance mais je crois qu’il faut aller la chercher et qu’il faut aussi savoir la reconnaître lorsqu’elle se présente. La chance, oui, mais il ne faut jamais prendre la chance d’une manière entièrement passive, la chance c’est aussi une action.”

“Thierry de Montbrial, c’est le roi du monde !”

En septembre 2004, il se rend un peu par hasard à Novgorod-le-Grand pour la première réunion du club de discussion Valdai, créé à l’initiative de RIA Novosti. Il y avait eu, se souvient-il, “ces invitations anonymes par courrier électronique… au dernier moment qui plus est… ce n’est pas ainsi que l’on procède!”. A cette époque, justement, le soutien financier d’un gros homme d’affaires russe lui avait permis d’ouvrir, à l’Institut, un programme à part entière pour l’étude de la Russie - “Ca m’a intéressé”, dit-il. Après Novgorod, ce fut Tver, puis Khanty-Mansiisk, Kazan, Rostov-sur-le-Don, sans oublier les deux séjours qu’il fit à Krasnoïarsk et à Vladivostok entre deux sessions du club Valdaï, et sans compter les deux capitales russes… Depuis 2003, Thierry de Montbrial est membre étranger de l’Académie des sciences de Russie. Son premier voyage en URSS remonte aux années 70. “Je suis un homme curieux, explique-t-il. Avoir la possibilité de beaucoup voyager est vraiment un privilège, j’aime voir les gens chez eux.”

Aujourd’hui encore, Thierry de Montbrial est quelqu’un qui ne tient pas en place, habitué à travailler et à dormir en avion. Il s’adapte facilement au décalage horaire, très certainement parce qu’il s’en tient à une règle d’or : ne jamais sauter un repas et le prendre à l’heure locale. “Thierry de Montbrial demande de vérifier que les billets d’avion soient bien en première classe”, s’inquiète son assistante. “Quand on voyage aussi souvent que moi, fait-il remarquer, c’est réellement important”. Ses collaborateurs demandent toujours s’il sera accueilli dans le salon VIP de l’aéroport “comme à l’habitude”… “Thierry de Montbrial, c’est le roi du monde !” s’amuse un expert français qui n’est pas le seul à lui reprocher une “immense suffisance”.

Un désordre soigné règne dans son bureau parisien qu’envahissent les livres. Au mur, des photographies le représentant en compagnie d’hommes politiques connus, de personnalités importantes. Il y a dix ans, pour les vingt ans de l’institut, quarante-cinq chefs d’Etat étrangers s’étaient rendus à Paris. “J’ai été amené à rencontrer les hommes d’Etat les plus divers, explique-t-il, mais ce ne sont pas forcément eux qui m’ont fait le plus impressionné parce que les grandeurs d’établissement ne sont pas forcément les personnes les plus importantes.” Depuis maintenant de nombreuses années, le politologue français tient le journal de sa vie, tellement riche en rencontres et en événements extraordinaires. Des notes qui représentent aujourd’hui quelque 8 000 pages dactylographiées. Thierry de Montbrial réserve pour une publication posthume l’essentiel de ce journal, qui n’est pas sans rappeler la série soviétique à succès “La vie des hommes remarquables”, mais le récit est à la première personne et concerne moins le sujet qu’autrui. “J’y parle en toute sincérité et avec une grande impartialité de nombreuses personnes très connues, explique-t-il.” Il prévoit d’en publier prochainement une petite partie : 600 pages concernant la période 2001-2004.

Le projet le plus important de sa vie

Qu’est-ce qui, dans sa vie, le rend particulièrement fier ? “Je pense que dans toutes les actions importantes de ma vie, déclare-t-il, j’ai été mobilisé par des motifs respectables et conformes à mon idéal fondamental qui est de contribuer à ma manière à rendre la vie meilleure.” L’enseignement, la publication d’ouvrages, la création de l’Institut des relations internationales et, maintenant, un nouveau projet ambitieux, “le plus important” de sa vie, la Word Policy Conference qui se réunit pour la première fois à Evian, du 6 au 8 octobre, autour de plusieurs dizaines de “leaders mondiaux” et d’experts de renom venus débattre de “l’état du monde” et trouver des solutions pour l’améliorer. “Je prends de gros risques, tout peut s’écrouler”, admettait il y a encore six mois celui qui semble ne jamais douter. “C’est faux, confie-t-il, des doutes, j’en ai tout le temps. Simplement, dans ma position, je n’ai pas le droit de le montrer”.

Même si on peut penser que la conférence d’Evian est une tentative de faire concurrence au forum de Davos - et Thierry de Montbrial présentait d’ailleurs son projet, en privé, comme une “concurrence à Davos” il y a quelques mois - la logique et l’ambition dela World Policy Conference sont tout autres, selon lui. Il ne s’agit pas d’un lieu de rencontres, même à un haut niveau, mais d’une tentative de trouver des réponses constructives et acceptables aux processus en cours dans le monde. Ce n’est pas une “énorme machine”, tout au plus quelque milliers de participants. Ce n’est pas une rencontre “en général” mais sur un thème précis : que faire pour améliorer le fonctionnement du monde ? ” A Evian nous voulons faire surgir des solutions. Toute l’ambition de ce projet tient en un seul mot: être utile”, affirme l’organisateur de la WPC.

La conférence se réunira tous les ans, a annoncé Thierry de Montbrial et, lorsqu’il aura assuré sa “relève” au poste de directeur de l’IFRI – la question le taraude depuis quelque temps – c’est sans doute elle qui deviendra la grande affaire de sa “retraite”. Si tant est, bien entendu, que l’on puisse parler de retraite pour un homme à qui la notion de “passe-temps”est étrangère et qui, obsédé par son idée d’être utile, a bien l’intention de rester actif “jusqu’à l’heure de sa mort”. Et si le projet imaginé ne réussissait pas ? Thierry de Montbrial pourrait sans doute répondre à cette question en reprenant une phrase de l’un de ses derniers livres : “il est nécessaire d’espérer pour entreprendre, mais il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer.”

* Article paru sur RIA Novosti le 6 0ctibre 2008. Traduit du russe par Maryse Benech, RIA Novosti.

Photo: Thierry de Montbrial, dans son bureau, en mars 2008. D.R.

 

18 septembre 2008

Ossétie du Sud: une annonce échouée

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“En mémoire des victimes de la tragédie en Ossétie du Sud - ossetès, géorgiens, russes. Nous partageons le deuil de leurs proches”, ce petit texte de l’Ambassade de Russie en France accompagné d’une photo de la capitale sud-ossète Tskhivanli, en ruines, devait être publié dans la rubrique Annonces/Carnet de Libération du 17 septembre. C’était le quarantième jour depuis le début des opérations militaires dans la région, et la tradition russe veut que ce jour-là on se souvienne de ceux qui nous ont quitté 40 jours plus tôt.

 

Tout était sur les rails la veille, même si Libération avait corrigé le texte initial proposé par l’Ambassade en supprimant dans la première phrase ce passage non politiquement correct: “de tous ceux qui sont morts de l’attaque du régime te Tbilissi”. Il ne restait donc à l’Ambassade qu’attendre la facture de 9000 euros - le prix demandé par le quotidien pour la publication de ce quart de page de condoléances.

 

Mais l’argent russe allait être épargné - Libération ne publiera pas l’annonce le lendemain, et on annoncera à l’attaché de presse de l’Ambassade Serguei Parinov, perplexe, que sa publication a été refusée par le conseil de la rédaction.

 

La dépêche du bureau parisien de RIA Novosti relatant cet incident est devenue aujourd’hui le sujet du Making-of/Les coulisses de Libé, à la page 7 du journal. Dans ce petit encadré intitulé “L’argent russe” la correspondante de Libération à Moscou parle de “sensation” que l’info aurait faite en Russie… Perception exagérée, quand on sait par exemple que le site russe de RIA Novosti en accès libre n’en a parlé qu’en 4 phrases, et dans une dépêche 15 fois plus longue consacrée, en général, aux manifestations commémoratives qui se sont déroulées en ce jour de deuil en Russie et dans le monde.

 

Contrairement à ce que stipule la consoeur, ce n’est pas non plus le fait de ne pas avoir pu “acheter” ce qu’on voulait qui ait pu étonner les Russes. La correspondante de Libération à Moscou, qui connaît pourtant bien la Russie et dont les reportages des différents coins du pays sont toujours des réussites, se trompe en pensant que les russes aient été indignés parce que cette fois-là l’argent ne leur avait pas ouvert “toutes les portes”. C’est tout simplement le fait que cette annonce on ne peut plus sobre, en tout cas au final, ait été censurée, au dernier moment qui plus est, qui a pu paraître étrange à ceux qui ne sont pas encore familiers avec les états d’esprit occidentaux au sujet des récents évènements dans le Caucase. C’est dans ce contexte-là, avec une sorte de questionnement et pas indignation, que la dépêche purement factuelle que j’envoyais à Moscou a été traitée, brièvement, par le site de RIA Novosti en langue russe.

 

Le texte de l’Ambassade “insinuait que Moscou n’aurait fait que voler au secours de la pauvre Ossétie du Sud pour la libérer des griffes de la Géorgie”, écrit la journaliste de Libé en rajoutant que ”Libération refuse régulièrement ce type d’annonces proposées par toutes sortes de régimes “.

 

Libération ne refuse pas en revanche des tribunes de type beaucoup moins pondéré proposées par des particuliers, et le fameux “SOS Géorgie? SOS Europe!” du duo André Glucksmann/BHL sur le conflit russo-géorgien ne restera sans doute pas dans les annales comme un exemple d’objectivité. Comparées aux dires de ces intellectuels français les deux petites phrases de condoléances de l’Ambassade russe adressées à toutes les victimes du conflit, paraissent bien innocentes. Bref, Serguei Parinov de l’Ambassade de Russie avait de quoi être étonné, même s’il ne doit pas ignorer non plus que la perception russe et occidentale des évènements en Ossétie du Sud se diffèrent, légèrement…

 

Photo (celle qui a été choisie par l’Ambassade pour illustrer l’annonce): Dans la ville de Tskhivanli, le 13 août 2008. © RIA Novosti.

15 septembre 2008

Quelques heures à Grozny

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Des l’atterrissage à l’aéroport de Grozny l’impression est étrange, surréaliste. Vous voilà sur cette terre qui a tant souffert de guerres et qui vous a toujours semblé très loin, à vous qui vivez en paix. Sous le ciel trop bleu et trop lourd, sous le soleil et la musique particulièrement éclatants, les visages des jeunes tchétchènes dans les costumes nationaux qui bordent votre passage, souriants, vous avez envie d’en regarder chacun et de leurs sourire en retour comme si vous leurs étiez redevable de quelque chose…

Avec les participants du Club Valdaï je suis à Grozny pour rencontrer le président de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov. Une visite éclaire de la capitale tchétchène est également prévue.

Trois ans après son premier voyage en Tchétchénie Eric Hoesli ne reconnaît pas la ville. “A l’époque il n’y avait rien, que des ruines”, raconte-t-il. Or on voit des maisons toutes neuves, une belle mosquée toute neuve, des routes et des trottoirs tout neufs, et tout est très propre même si des travaux sont ici et là, et tout est … paisible même si le trafic semble un peu désorganisé dans le centre ville. Le sentiment surréaliste des premières minutes ne me quitte pas, je continue à regarder dans les visages de tous ces gens qui nous entourent: officiels, policiers, ouvriers, simples passants, en me demandant qu’est-ce que cela fait de vivre en Tchétchénie, dont le nom même est devenu pour nous un symbole de guerre et d’atrocités?

Kazbek Agmadov ne sourit pas beaucoup et ne vous regarde presque pas quand il vous parle, mais ce jeune et beau premier vice-ministre des relations extérieures de la République tchétchène qui a vécu dix ans à Moscou où il a fait ses études, vous fait noter son numéro de téléphone. Un autre jeune homme en costume et cravate noires vous dit d’enlever vos lunettes de soleil aussitôt après vous avoir salué. Vous vous exécutez sans avoir le temps de réfléchir. “Ils sont beaux, tes yeux, ne remets plus tes lunettes” - vous souriez, même si après un an à Paris vous êtes un peu choqué par une telle spontanéité… Caucase!  

Il y a trois ans encore on ne pouvait pas se rendre en toute sécurité dans cette république caucasienne où l’ordre était encore précoce. “J’ai essayé plusieurs pistes, et on me disait que ce ne serait possible que si je voyageais avec un camion de fric - au cas où on voudrait m’enlever”, dit Eric Hoesli, qui avait finalement pu y aller accompagné du secrétaire du Conseil de la sécurité de la Tchétchénie en personne et ses hommes, en avril 2005. Un an plus tôt le président tchétchène Akhmat Kadyrov se faisait tuer par une explosion alors qu’il assistait au défilé du 9 mai dans un stade à Grozny. Deux ans plus tard, en avril 2007, c’est son fils âgé de trente ans, Ramzan Kadyrov, qui devenait président.

La ville de Goudermes se trouve à une quarantaine de kilomètres de Grozny. C’est par là, près de son village natale, que Ramzan Kadyrov a fait installer sa résidence présidentielle. Cet ancien garde du corps, puis le chef du service de sécurité de son père, avait d’abord combattu avec lui du coté des séparatistes pendant la “première guerre de Tchetchenie” de 1994-96 avant de rallier les rangs des forces fédérales russes en 1999, au commencement de la “deuxième guerre” et au moment même de la nomination soudaine de Vladimir Poutine au poste de premier-ministre.

Ramzan Kadyrov nous accueille donc dans sa résidence qui semble être tout juste construite, avec les carreaux qui sont en train d’être posés. Impression trompeuse: les carreaux sont reposés, pour la troisième fois déjà, car “cela n’a pas plu”, confie un des jeunes ouvriers. Le président tchétchène se dit ouvert à toutes les questions. Son russe n’est pas parfait. Il ne l’aurait appris qu’il y a huit ans, selon un collègue de RIA Novosti. Ce docteur en droit esquive quand on lui pose une question sur le sécularisme, apparemment il ne comprend pas de quoi il s’agit. “C’est un bandit”, dit Eric Hoesli. “Est-il vraiment un bandit?”, doute Hélène Carrère d’Encausse. Lui-même préférerait sûrement dire qu’il “s’était trompé de chemin”, comme il appelle lui-même les 7000 autres combattants tchétchènes qu’il a fini par amnistier.

Ce père de cinq enfants fait un peu peur, mais il touche un peu aussi, car il se montre cruel et humain en même temps. Cruel quand il parle par exemple de Chamil Bassaev, un des lideurs séparatistes tchétchènes lui-même connu par sa cruauté, qui serait responsable de plusieurs actes terroristes, y compris la prise d’otages dans un théâtre à Moscou en 2002 qui a fait 130 victimes: “L’annonce de sa mort a été pour moi une grande fête, mais en même temps elle m’a aussi attristé, parce que je voulais le faire moi-même”. Touchant quand il parle de son zoo personnel installé dans sa résidence présidentielle. “Il y a des tigres, des lions, des guépards, des léopards, j’aime parler avec eux, cela m’apaise”, raconte-t-il, attendri. Il se montre aussi religieux, comme tous les tchétchènes. “En exécutant Sadam Hussein le jour qui est un jour saint dans l’islam ils m’ont humilié en tant que musulman, ils ont humilié le monde musulman dans son ensemble”, dit-il des Etas-Unis.

Dans le bus qui nous ramène à nouveau à l’aéroport de Grozny le jeune Kazbek du service de protocole du président nous apprend que c’est le dixième jour de ramadan. Il n’a donc pas mangé ni bu de la journée. Mais il fait enfin nuit, sa mère l’appelle, elle l’attend, il ne tardera pas de rentrer. 

Photo: Un jeune tchétchène danse devant les participants du Club Valdaï. L’aéroport de Grosny, le 10 septembre 2008. © RIA Novosti.

 

06 août 2008

ria novosti... ria-nouveau-sti... ria nouvau site!

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Il faut le reconnaître, nous en avions un peu marre de l’ancien : il nous a bien servi, mais on ne pouvait plus avancer avec. Le nouveau, si attendu par nous tous, est enfin mis en ligne aujourd’hui. 

Léger, avec le conflit osséto-géorgien à la une de ce mercredi 6 août et non sans quelques défaillances pour l’instant, le nouveau site de RIA Novosti n’est pas un simple “lifting”. Beaucoup plus qu’un changement de design, c’est tout le concept du traitement et de la présentation de l’info qui est repensé. L’approche est désormais globalement multimédia et les grands sujets d’actualité seront traités par l’ensemble des moyens disponibles : texte, vidéo, audio, infographie… Après le principal site en russe la nouvelle version des huit sites en langue étrangère devrait voir le jour d’ici la fin de l’année.

Des collègues à Moscou reconnaissaient hier d’avoir « un trac terrible » - quant à nous, à part d’aller verifier sans cesse si ça y était ou non, on a vécu tout cela assez calmement à Paris - l’avantage (ou l’inconvénient?) d’être loin de “là où cela se passe”…

Photo: La une de rian.ru d’aujourd’hui.

27 juillet 2008

Club Valdaï

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On est début 2004 et nous sommes une quinzaine à être réunis dans le bureau de la directrice de RIA Novosti Svetlana Mironiouk pour discuter de quelques projets de l’agence. La réunion touche à sa fin quand Svetlana décide de nous faire part d’un projet que vient de lui transmettre Andrey Zolotov, rédacteur en chef du magazine Russia Profile édité par RIA Novosti. On approche à l’époque le 20ème anniversaire du début de la perestroïka et l’idée d’Andrey est de réunir en Russie pendant quelques jours des journalistes étrangers qui ont vécu la perestroïka en étant en poste à Moscou. Pour beaucoup d’entre eux cette période riche en actualité est devenu un vrai tremplin dans leur carrière leur amenant depuis aux postes importants dans les médias internationaux. Andrey propose de leur faire rencontrer des personnalités et des experts russes, et tout cela dans le cadre de l’ancienne datcha de Staline à Valdaï, une belle région naturelle au nord-ouest de la Russie. A part son exotisme ce décor soviétique doit servir à mieux disposer les participants, qui auront plus facilement pris du recul, à discuter de «  la Russie à la charnière des siècles », le thème qu’il suggère pour cette réunion. Svetlana est emballée, son enthousiasme nous envahi aussi, même si l’idée d’Andrey évolue au fur et à mesure et la réunion d’ex-correspondants en URSS devient, plus généralement, celle d’experts et de journalistes spécialistes de la Russie. On s’y met donc à fond bien qu’on néglige parfois la forme : « Ces invitations anonymes par courrier électronique, au dernier moment qui plus est… Ce n’est pas ainsi que l’on procède !”, dira le directeur de l’IFRI Thierry de Montbrial qui hésitera avant de venir tellement notre invitation lui semblera maladroite.  

C’est ainsi que naissait le Club de discussion Valdaï, devenu un rendez-vous annuel incontournable pour les connaisseurs de notre pays, un lieu de débats et d’échanges, une possibilité de rencontrer les plus hauts responsables russes. Drôle de détail, les réunions du Club ne se sont jamais tenues à Valdaï dont il porte le nom, la datcha de Staline s’étant avérée trop petite. C’est seulement en passant que les invités de la première édition du Club ont découvert cette demeure historique où Staline n’aurait séjourné en réalité qu’une seule fois. Novgorod le Grand en 2004, Tver en 2005, Khanty-Mansiysk en 2006, Kazan en 2007, dans quelques semaines Rostov-sur-le-Don, au sud de la Russie - les débats sont à chaque fois accompagnés de la découverte d’une région, et un long entretien avec le président russe clôture traditionnellement ce forum, réunissant au début de septembre une cinquantaine d’invités étrangers et autant de russes.  

Avec le changement du pouvoir en Russie en mars dernier nous avions tous des doutes au sujet du sort du Club Valdaï… Pendant longtemps rien n’était clair, y compris la question « cruciale » : est-ce que le président Medvédev recevra les invités ? Et rencontreront-ils le premier ministre Poutine, leur hôte habituel ?.. « Je suis prêt à parier qu’ils seront deux à nous inviter cette année », supposait à l’époque Thierry de Montbrial. En effet, les deux rendez-vous sont pour l’instant programmés pour cette cinquième réunion du Club baptisée « La révolution géopolitique mondiale du début du XXIe siècle. Le rôle de la Russie  ».

Le programme de cette année doit en ravir plus d’un, et je pense plus particulièrement à Eric Hoesli, journaliste et écrivain suisse, un des plus fins connaisseurs de Russie passionné du Caucase et auteur de « A la conquête du Caucase : Epopée géopolitique et guerres d’influence » (2006) : une escale à Groznyï et un rendez-vous avec le président tchétchène Ramzan Kadyrov sont prévus. Bonne nouvelle - le brillant Alexandre Adler nous rejoint cette année, non sans que le bureau parisien ait mis un peut plus d’âme pour appuyer ces invitations centralisées par courrier électronique qui ne l’avaient jamais accroché avant. Une autre première - le lideur de « L’autre Russie », Garry Kasparov devrait rejoindre la liste de représentants de l’opposition qui, comme Grigory Yavlinsky ou Irina Khakamada, ont déjà participé aux réunions du Club Valdai, ou, comme Vladimir Ryzhkov ou Mikhail Délyaguine, y ont même leurs habitudes. Sauf imprévu Garry Kasparov devrait rencontrer les participants du Club autour d’un petit déjeuner, avant qu’ils n’enchaînent plusieurs rendez-vous avec des ministres et des « siloviki ». Peut-être l’ancien champion du monde d’échecs changera-t-il maintenant d’avis sur le compte de RIA Novosti

Photo: Pendant la réunion du Club Valdaï à Tver, en septembre 2005: Marshall Goldman (avec le pain et le sel), John Connor, Michael Binyon, Richard Sakwa, Marie Mendras, Jan Carnogursky, Michael McFaul, Paul Sonders… © RIA Novosti

15 juillet 2008

5 ans

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Je me souviens bien de ma première visite à RIA Novosti il y a pile 5 ans. Tout juste diplômée de l’Université des relations internationales de Moscou je me rendais à 4, boulevard Zoubovski pour mon premier entretien d’embauche. Au 6ème étage du « bunker » occupé par RIA Novosti, au milieu des intérieurs ringards des années 70, Léonid Bourmistrov, jeune adjoint au numéro un de l’agence, m’accueillait dans son grand bureau de pas moins de 40 mètres carrés qui, avec sa longue table interminable bordée de chaises, respirait le soviétique malgré des efforts sensibles de rénovation. Six mois plus tôt une jeune et brillante femme de 35 ans, Svetlana Mironiouk, prenait la direction de l’agence et RIA Novosti décrochait un important budget dans le cadre d’un programme censé améliorer l’image de la Russie à l’étranger. J’allais intégrer cette aventure dont Léonid Bourmistrov serait le « cerveau » pour travailler dans la section française…

Quatre ans après mon premier entretien à RIA Novosti une réunion inédite aura lieu à Moscou. Tous les chefs de bureau et les correspondants de RIA Novosti à l’étranger y seront convoqués. Svetlana Mironiouk présentera devant ce public disparate réunissant des « anciens » et des jeunes repartis dans une trentaine de pays d’Europe, d’Amériques, de Proche Orient et d’Asie, la nouvelle stratégie de l’agence. Finie l’équivoque entre nos deux missions : information et communication, on n’a désormais qu’une seule identité – celle d’une agence de presse, fournisseur d’information textuelle et visuelle (photo, infographie, graphique dynamique, vidéo) sur l’actualité russe et internationale. Avec les mots « convergence », « multimédia », « contenu mobiles », « user generated content » et « news-room intégrée » qui se suivent et se répètent tout au long de son discours et qui font peur à plus d’un, l’effet est complet. Il est vrai que parmi le personnel de RIA Novosti nombreux sont ceux à qui ces 60 ans de passé « propagandiste » tiennent vraiment à coeur, il est aussi vrai que tout le monde n’arrive pas à comprendre toutes ces tendances modernes du marché d’information. A l'époque je m'apprête à partir à Paris en tant que directrice du bureau…

Depuis quelques années il n’y a plus de bureaux de 40 mètres carrés à RIA Novosti, et Léonid Bourmistrov ne pourrait plus jouer au mini-golf dans le sien, plus que modeste. En revanche la « news-room intégrée » de plus de 1000 mètres carrés a bien vu le jour en janvier dernier. Signe de changement, un nouveau logo avait été adopté un mois plus tôt : une « promesse » et un « catalyseur des changements intérieurs » dira Svetlana Mironiouk en parlant de l’objectif fixé - devenir en 3 à 5 ans la première agence multimédia en Russie. Pendant une courte mission qui m’amène à Moscou au début de ce mois de juillet je découvre également que RIA Novosti dispose désormais de son propre club de fitness, installé au 8 étage du « bunker » qui est méconnaissable de celui d’il y a 5 ans une fois on y entre. Les cours d’anglais ouvertes à tous les employés sont organisées. Modernisation technologique tous azimuts continue à s’opérer…

Dans cette période de vacances où il ne se passe pas grand-chose à Paris, dans mon bureau qui est 5 fois plus grand que celui de Léonid, j’essaye donc de regarder le passé pour envisager l'avenir : où est-ce que je serai et qu’est-ce que je ferai dans 5 ans? En vain - le présent est tellement formidable que je n'arrive pas à passer outre, et aucune idée ne me vient…  

Photo: La nouvelle news-room de RIA Novosti, © RIA Novosti

15 juin 2008

L'histoire d'un drapeau

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Dans cette pièce d’apparat à l’Ambassade de Russie boulevard Lannes on est trois journalistes ce soir, tous russes. On est venu à cause d’un drapeau. Son histoire m’était inconnue avant le coup de fil de l’Ambassade la veille, mais arrivée sur place je regrette presque d’apprendre qu’on ne le verra pas ce jour-là, ce premier drapeau blanc-bleu-rouge de la nouvelle Russie.  

C’est le 22 août 1991 qu’un drapeau à trois bandes horizontales : blanche, bleue et rouge flotte pour la première fois sur la Maison blanche, le siège du « parlement russe » de l’époque. L’URSS, avec à sa tête le président Mikhail Gorbatchev, vient de connaître une tentative de coup d’Etat: un groupe d’hommes politiques et de militaires veut empêcher la fin imminente de l’Union soviétique. Pendant ces quelques jours d’été les moscovites voient des chars rouler dans le centre-ville et quelques personnes sont mortes. Cette tentative s’échoue, le président de la République soviétique fédérale de Russie Boris Eltsine s’impose comme un véritable lideur national. Le 22 août les députés russes se réunissent pour une assemblée extraordinaire marquant la victoire de la nouvelle Russie. Dans un élan commun ils proclament un nouveau symbole d’Etat – le drapeau blanc-bleu-rouge, cet ancien attribut militaire et commercial devenu le drapeau officiel de l’Empire russe sous Nicolas 2, en 1896.

Il est décidé de faire lever le nouveau drapeau le jour-même, lors d’un meeting conduit par Boris Eltsine. Par le jeu de circonstances c’est celui qui décore le bureau du ministre du commerce extérieur, Victor Yarochenko, qu’on arrive à trouver le plus vite. Ce drapeau de 2 sur 3 mètres, Yarochenko l’a fait confectionner un an avant, en 1990, en Suède, ou se déroulait un salon commercial soviétique - le ministre avait eu l’idée de décorer ainsi le pavillon russe... Ce premier drapeau n’a flotté dans les cieux moscovites que jusqu’au lendemain, quand on l’a remplacé par un autre, un vrai – plus grand et plus solide – et l’a rendu à son « propriétaire ». Un an plus tard Yarochenko est nommé le représentant commercial de Russie en France, il apporte le drapeau historique avec lui à Paris, sa mission terminée Yarochenko reste en France, le drapeau aussi... Depuis 17 ans Victor Yarochenko espérait ouvrir un veritable musée, car il avait gardé plusieurs autres objets, tous témoins des changements historiques du début des année 90. Le musée du drapeau russe, il l'a bien enregistré à Paris et à Moscou, mais des fonds ne se sont jamais trouvés pour qu'il devienne une realité. 

Ce jour-là à l’Ambassade de Russie on assiste donc à la signature d’un accord qui réglera pour toujours le sort de ce drapeau oublié. Tout s'est décidé à la suite d’une lettre au président russe écrite deux mois avant : c’est le célèbre musée d’Hermitage à Saint-Petersbourg qui le gardera désormais. Le moment solonnel passé, une coupe de champagne à la main on discute avec Nikolai Morozov d'ITAR-TASS, puis je file, lui aussi ne tarde pas de partir, sans doute dépêchons-nous l'un et l'autre pour être le premier à annoncer cette nouvelle cruciale dans nos dépêches.

P.S. Tout à l'heure, pile au moment de finir ce billet, 10 jours après les faits, un coup de fil - c'est Viktor Yarochenko qui appelle pour me remercier d'un echo "sympa" que RIA Novosti en a donné...

Photo: Les defenseurs de la "Maison blanche" à proximité de l'un des chars introduits dans Moscou le 19 août 1991 après que les membres du Comité d'Etat pour l'état d'urgence aient décrété l'état d'urgence dans la capitale. © RIA Novosti 

04 juin 2008

Garry Kasparov - RIA Novosti - 2 - no comment

Garry Kasparov nous a publiquement accusé hier d’être une agence de propagande. Je n'en aurais sans doute pas parlé si je n'avais pas publié sans commentaires dans mon billet du 31 mars dernier une petite vidéo avec M. Kasparov qui ne voulait pas répondre à ma question en disant que nous ne publirions rien, une vidéo qui me semblait plutôt rigolote... Cette fois-là RIA Novosti a des commentaires à faire... No comment.

***

RIA Novosti rejette les accusations de Kasparov

MOSCOU, 4 juin - RIA Novosti. L'agence russe d'informations internationales RIA Novosti rejette catégoriquement les allégations de Garry Kasparov, un des leaders du mouvement d'opposition l'Autre Russie, selon lesquelles l'agence ne publie que des textes relevant de la propagande d'Etat.

Intervenant mardi dernier lors d'une rencontre des principaux représentants de l'industrie mondiale de l'information à Göteborg (Suède), M. Kasparov a accusé la rédactrice en chef de RIA Novosti Svetlana Mironiouk, présente au forum, de se livrer à la propagande gouvernementale.

"Les accusations de ce genre sont absolument gratuites et totalement dépourvues de fondements", lit-on dans le communiqué diffusé mercredi par l'agence en réponse aux affirmations de M. Kasparov.

"Depuis le début de l'année, l'agence RIA Novosti a publié environ trois cents dépêches évoquant les activités de M. Kasparov, sans parler d'autres représentants de l'opposition parlementaire et extra-parlementaire. L'année dernière, l'agence a organisé plus de 50 conférences de presse et tables rondes qui ont réuni des membres de différents groupes d'oppositions, dont Vladimir Ryjkov et Irina Khakamada, représentants du Parti communiste de la Fédération de Russie et de l'Union des forces de droite, d'organisations non gouvernementales et non commerciales, et d'associations pour la défense des droits de l'homme", indique le communiqué.

Le document constate que ni M. Kasparov ni ses représentants n'ont jamais demandé à l'agence d'organiser une conférence de presse ou une autre action informationnelle.

"En outre, le site www.inosmi.ru édité par RIA Novosti publie quotidiennement des traductions d'articles tirés de la presse étrangère. Depuis janvier 2001, le site a publié 43 articles de M. Kasparov sur la Russie ", ajoute le communiqué.

RIA Novosti conseille au leader de l'Autre Russie de lire attentivement les dépêches de l'agence avant de faire des déclarations comme celles de Göteborg et lui demande de présenter des excuses publiques. -0-

27 mai 2008

Tchat avec Frédéric Beigbeder

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L'idée d’un that avec Frédéric Beigbeder sur le site de RIA Novosti est venue avec la sortie en Russie de son dernier roman Au secours pardonFrédéric Beigbeder est très populaire chez nous, il est parmi les meilleures ventes de romans contemporains français et il y a des foules à ses séances de dédicace à Moscou. L'intérêt du public russe pour son dernier roman était d'autant plus grand que l'action de ce livre sur "la marchandisation du corps", comme le dit l'auteur, et où on retrouve le personnage de 99 francs Octave Parango, se passe en Russie: à Moscou, Saint-Pétersbourg ou Nijny Novgorod. 

"Je n'aurais pas passé des années à venir et à écrire sur ce pays si je ne l'aimais pas", dit Beigbeder. Et pourtant Au secours pardon peut agacer le lecteur russe. Les mannequins, les oligarques, les nuits folles, les orgies,.. même si tout cela existe, tout le monde en Russie ne vit pas cette vie, ne la connaît pas. Sans parler de clichés, on peut avoir l'impression d'exagération.

Acceptera-t-il de faire ce tchat ? Est-ce que les questions vont être méchantes ? Comment est-il ?... Coup de téléphone chez Grasset, un mail, encore un coup de téléphone, encore un mail – son attaché de presse n’a jamais donné suite à la demande. C’est par Inostranka, sa maison d'éditions en Russie, qu’on a pu avoir ses coordonnées.

Seul avec son chat au 2ème étage de sa maison de Saint-Germain des près Frédéric Beigbeder nous répond longuement aux questions recueillies sur le site de RIA Novosti en russe. L’entretien porte sur beaucoup de choses, les internautes russes ne semblent pas détester le roman, et c’est sa personnalité qui les intéresse surtout. La création est-elle pour vous une nécessité ? Pourriez-vous ne pas créer ? - Comment voyez-vous votre vie dans vingt ans ? - Comment vous définissez-vous, qui êtes-vous ? - Quelle œuvre avez-vous relue le plus grand nombre de fois ? - Quel comportement avez-vous avec les femmes russes ? - Votre rêve ? - Faites-nous part d'un événement ou d'une rencontre qui vous ont fortement marqué. - Qu'est-ce qui vous rend heureux, et l'êtes-vous souvent ? - Aimez-vous la solitude ? - Qui sont vos amis ? - Est-ce que le héros de L'Amour dure trois ans vous ressemble? ...  (Oui, c'est lui-même, dans ce roman qui se lit d'un seul coup tout est la vérité). Il est intéressant à écouter. Il s’avère gentil, et surtout il ne se prend pas au sérieux. "Il t’a draguée ?", demande une amie française. Non, loin de cela. Il a dit " A bientôt, Alexandra ", mais c'était juste une formule de politesse.

"Depuis la première fois que je me suis rendu à Moscou, en l'an 2000, je suis tombé amoureux de ce pays. Il y a toutes les qualités, toutes les choses que j'aime. J'aime faire la fête, avoir des conversations littéraires interminables jusqu'à six heures du matin, j'aime les poètes clodos, j'aime l'alcool, les très jolies femmes, les milliardaires dépravés, les fleuves, les paysages, les nuages", - confiait l'écrivain. Il parlait aussi du polonium, mais cela a été jugé trop délicat pour être publié...

Photo: Frédéric Beigbeder lors de l'entretien, chez lui. D.R.

16 mai 2008

RIA Novosti – Noga: on a gagné !

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Le nom de la compagnie suisse Noga m'était familier sans que je connaisse les détails de ce long litige datant du début des années 90 qui la lie avec le Gouvernement russe. S’affirmant creancière de ce dernier Noga a procedé par le passé à plusieurs saisies des biens russes à l’étranger, dont certaines, notamment l’affaire du voilier Sedov en France ou celle d'une collection de tableaux du Musée Pouchkine en Suisse, ont reçu une large couverture médiatique en Russie.

Il y a quatre mois et demie l’affaire Noga nous a pourtant touché de près, même si la lettre de la banque qui m'attendait au retour des vacances d’hiver ne nous a pas fait réaliser tout de suite la gravité de la situation : «Nous vous informons que par procès-verbal du 2 janvier 2008, Messieurs P.Robert et M.Robert, Huissiers de justice à Paris, nous ont signifié une saisie-attribution comportant également saisie des valeurs mobilières à votre encontre, à la requête de la Compagnie Noga d'Importation et d’Exportation,…, pour la somme de 49 006 941,20 euros. A ce titre nous avons déclaré que votre compte comportait le solde suivant, sous réserve du dénouement des opérations en cours : … 79 510, 17 euros». Mais cela s’avère grave, l’argent sur le compte de bureau parisien de RIA Novosti a bien été bloqué. Pourquoi ? Comment ? Qu'est-ce que RIA Novosti a à faire avec cette histoire ?..

La saisie ne nous ayant jamais été notifiée, je me procure une copie du procès-verbal adressé à la banque. Par le biais de son huissier, Noga y indique à coté du Gouvernement de Russie, son prétendu débiteur, tout un nombre de différents organismes et sociétés russes, dont l’Agence RIA Novosti, « en tant que tous constituent des émanations du Gouvernement de la Fédération de Russie ».

On va donc assigner Noga pour obtenir la mainlevée. Par ses statuts RIA Novosti est une personne morale distincte et indépendante du Gouvernement de Russie. Et même si nous sommes une entreprise publique, « entreprise fédérale unitaire d’Etat » plus précisément, RIA Novosti dispose de son propre patrimoine qui lui est confié par l’Etat « en gestion économique » - une notion du droit russe très proche de celle du droit de la propriété.

Un dossier de plusieurs centimètres de largeur comportant une assignation d'une vingtaine de pages rédigée par Me Renaud Thominette détaille tout cela, après des semaines passées entre des rendez-vous, des discussions téléphoniques, des mails... Pendant la plaidoirie l’avocat de Noga est pourtant très éloquent lui aussi. Il nous qualifie d’« une porte-parole disciplinée du Gouvernement », la raison pour laquelle l’état « se paye le luxe » de nous entretenir. Il va jusqu'à jeter sur le bureau du juge un numero du Monde en disant : regardez, toute la presse internationale parle des manifestations de l’opposition en Russie (Medvedev vient tout juste d'être élu le nouveau président), mais pas un mot dans les dépêches de RIA Novosti ! Nous serions donc bien une émanation du Gouvernement... Ce discours-là n’est pas du domaine du droit, me rassure Me Thominette...

En effet. Me Philippe Scarzella que je croise aujourd'hui au Palais de justice le reconnaît lui-même. "C'était pour faire des effets au juge", dit-il quand on discute après avoir pris connaissace de la décision du juge, rendue aujourd’hui, après plus de deux mois d'attente. La décision est en notre faveur. Le juge « dit que RIA Novosti est une personne morale distincte du Gouvernement de la Fédération de Russie, dit en concéquence qu'elle n'est pas tenue de dettes de ce dernier, déclare nulle la saisie-attribution.., ordonne la mainlevée.. ». Nos comptes seront donc débloqués. Et si en plus Noga nous payait 30 000 euros de dommages et intérêts et de frais d'avocat, ordonnés par le juge... Ne nous berçons pas d'illusions! En tout cas, c'était une expérience. Bref, il faudra fêter!

 Photo: Au retour du Palais de justice, ce vendredi 16 mai. D.R.

 

06 mai 2008

De Paris à Dakar, souvenirs russes

Sénégal, voilà un pays auquel on ne pense pas souvent en Russie en faisant des projets de vacances. Les russes vont beaucoup en Afrique du nord, l’Egypte étant une de leurs destinations africaines les plus prisées, mais au delà le tourisme russe est quasi inexistant. « Parmi les citoyens russes ce ne sont que des membres des equipes participant au rallye Paris-Dakar qui se rendent régulièrement au Sénégal. D’une façon irrégulière visitent le pays des yachtsmen russes», dit le site de l’Ambassade de Sénégal en Russie. Il apprend également que c’est dans le… football que les relations russo-sénégalaises sont les plus actives, plusieurs footballers sénégalais jouant dans des clubs russes, notamment dans le Spartak et le Dinamo.    

Mais nous sommes en France, et le nom de ce pays francophone de l’ouest de l’Afrique subsaharienne est presque immédiatement apparu à l’ordre du jour quand on cherchait où aller pour les vacances scolaires d’avril. Amis parisiens, agents de voyages, ils étaient plusieurs à nous conseiller le Sénégal. On n’en connaît rien et cela a l’air exotique - c’est donc décidé.  

Sans doute étions-nous les premiers russes à demander le visa au Sénégal à son Ambassade à Paris. Mauvaise surprise nous attend – pour la Russie une consultation de Dakar est exigée ! Trois semaines plus tard Dakar n’ayant jamais répondu (!), on débarque au Sénégal avec des visas qu’il faut renouvler sur place car ils ne couvrent pas l’integralité de notre sejours.

On est au bord de l’océan, à 2 heures de Dakar, et du coup appeler l’Ambassade de Russie pour demander leur aide demande un vrai effort. Après le premier contact avec le consul c’est l’ambassadeur lui-même qui se charge de notre dossier. Joint au téléphone, il m'émerveille par son extrême gentillesse. Il ne peut rien garantir, mais il fera tout le possible pour régler notre petit problème. Pas besoin qu’on fasse un détour à Dakar, « les routes ici ne sont pas à la hauteur, je ne veux pas vous faire passer une telle épreuve », il va nous envoyer son chauffeur pour récupérer nos passeports... « Je me souviens bien de vous », me dit-il à la fin. Pas possible, il se trompe évidemment. Non, il ne se trompe pas, Alexandre Vassilievitch Choulguine. On s’est en effet rencontré à Moscou il y a trois ans pendant une réunion au Ministère des affaires étrangères, il était alors directeur adjoint du Premier département de l’Europe chargé des relations avec la France , moi – travaillais dans la section française du Département des relations internationales de RIA Novosti. Je n’en reviens pas, tellement cette coïncidence me semble impossible... Lui aussi a été plus que surpris. « Mais qu’est-ce qu’elle fait dans notre petit coin du monde oublié par le dieu ?! », était sa première pensée. C’est que s’il y en a du tout, les touristes russes venant chaque année au Sénégal se comptent sûrement avec les doigts d’une main !  

Ils sont une trentaine à Dakar, dont 10 diplomates, « 11 avec moi », précise l’ambassadeur quand on lui rend une visite-surprise profitant d’une excursion qui nous amène jusqu’à Dakar. Il connaît bien les locaux de RIA Novosti place du Général Catroux à Paris, il a été en poste en France quand notre immeuble était encore occupé par l’Ambassade, il y a plus de trente ans... Il y avait donc déjà un marché et un Monoprix rue Lévis à l’époque... Alexandre Vassilievitch nous raconte comment s’est réglée la question de nos visas. Encore un coïncidence : un rendez-vous avec le ministre sénégalais de l’intérieur était programmé. Pendant le rendez-vous le ministre parle entre autres de sa volonté de favoriser le tourisme russe au Sénégal, mais justement, lui dit l’ambassadeur, il y a des touristes russes qui ont un petit souci...

Le Sénégal n’existait pratiquement pas pour moi avant. Je n’était pas loin de ce « guide » - tout le monde est guide là-bas dans les zones touristiques – qui nous aborde sur la plage : «  La Russie  ? Je ne connais pas de tel pays ». J’en sais un tout petit peu plus maintenant, au moins pourrais-je aider Jean-Marie Bigard et Laurent Baffie, sur lesquels je tombe en changeant de chaine au moment de finir ce billet, à choisir, dans cet episode de Qui veut gagner des millions, entre Le Mali, Le Niger, La Gambie et la Mauritanie en répondant à la question « Lequel de ces pays dAfrique n’a pas de frontière commune avec le Sénégal ? ». Et, même si le dernier Ramses de l’IFRI que je prends avec moi au Sénégal et qui y consacre un article n’en dit rien, je sais aussi, encore grâce au site de l’Ambassade de Sénégal en Russie, qu’en octobre 2002 un accord de partenariat dans le demaine d’échange d’information a été signé entre la compagnie sénégalaise Soleil-Grafisol et ... RIA Novosti !

13 avril 2008

Xavier Emmanuelli - Léonid Rochal - bon anniversaire!

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Rendez-vous au siège de la Samusocial de Paris dans le 12ème pour rencontrer le docteur Xavier Emmanuelli, son fondateur et président. Non, ce n’est pas pour une dépêche d’actualité, c’est pour enregistrer un petit clip vidéo à l’occasion du 75ème anniversaire de son confrère et ami russe – le docteur Léonid Rochal. Personnalité peu ordinaire, ce chirurgien russe est directeur de l'Institut de recherches en urgences chirurgicales et en traumatologie pédiatrique. Il est aussi président de la Fondation internationale de l’aide aux enfants en situations de catastrophes et d'opérations militaires qu’il crée en 1988 après le tremblement de terre de Spitak, en Arménie. Léonid Rochal aidera également à monter la Samusocial de Moscou qui se consacrera à aider les sans-abris les plus vulnérables - les enfants.

Cela se fait beaucoup chez nous, lorsqu'une personnalité de la vie publique fête un anniversaire marquant, que d'autres personnalités et organisations lui rendent hommage. Il n'y pas de telle coutume en France, m'alertent mes collaborateurs français. Pas évident de demander aux gens de souhaiter publiquement son anniversaire à qui que ce soit. On prépare une lettre à M.Emmanuelli où on parle de cette tradition. On explique bien notre démarche. « L'Agence d'information internationale de Russie RIA Novosti, qui compte plus d'une quarantaine de bureaux à l'étranger, a décidé de s'associer pleinement et concrètement à cet hommage. L'activité du professeur Rochal s'étendant bien au-delà des frontières de la Russie , il nous a semblé naturel de recueillir des témoignages de personnalités marquantes de la vie publique internationale, engagées notamment, comme le professeur Rochal, dans le combat médical et sanitaire ».

M.Emmanuelli, qui a été également un des fondateurs des « Médecins sans frontières », nous accueille chaleureusement et simplement, il semble ravi de parler de son ami russe – « un homme de courage et de générosité ». Comme par hasard, il le revoit le le soir-meme à Paris. « Léonid vient simplement pour qu’on se voie ». Il nous invite à les rejoindre pour avoir des images de leur rencontre. Alléchant d'une part, et Carlos est prêt à m'accompagner, mais je décline, maintenant c'est à moi que cela semble un peu trop... pour un anniversaire! 

Photo: Avec Xavier Emmanuelli dans son bureau. D.R.

 

31 mars 2008

Garry Kasparov - RIA Novosti - no comment

Vidéo enregistrée à Paris le 21 novembre 2007.

RIA Novosti : Bonjour, c'est RIA Novosti, je peux vous poser une question ?

Kasparov : Mais vous ne publierez rien. A quoi bon m'interroger, alors ?

RIA Novosti : Nous verrons bien…

Kasparov : Et bien justement, parce que vous "verrez bien", je ne vous dirai rien…  

RIA Novosti : Juste une question…

Kasparov : Une question, allez… On enregistre, et on verra ensuite…

RIA Novosti : Quelle est aujourd'hui la personne en Russie qui, s'il lui était possible d'obtenir le poste présidentiel, serait capable d'assurer le développement de la Russie dans la bonne direction, d'assurer la stabilité économique, politique et sociale du pays ? Cette personne, ce serait vous ?

Kasparov : Les décisions sont prises non pas par une personne, ni même cinq ou dix. Elles doivent être prises par 140 millions de personnes. L'essentiel est d'assurer les conditions dans lesquelles 140 millions de personnes pourraient faire leur choix sans l'ingérence de forces qui sont intéressées à tel ou tel résultat. Si cette possibilité existait, je peux vous dire avec certitude que ceux qui dirigent la Russie aujourd'hui n'auraient aucune chance de le faire.

Un petit commentaire tout de même: finalement on a publié, au moins dans un blog!

21 mars 2008

Un peu d'ITAR-TASS

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Au bureau parisien de RIA Novosti on est huit à plein temps aujourd’hui : 3 journalistes russes et 5 collaborateurs français. Ils étaient une trentaine dans les années 70. Sur une vielle photo que garde toujours Dominique Duperron, responsable de photothèque, c’est Vladimir Katine qui dirige l’équipe. Une dizaine de directeurs se sont succédés après, le bureau s’est beaucoup rétréci, mais il n’y a pas un seul parmi mes collaborateurs français d’aujourd’hui qui y travaille moins de 20 ans. Quel drôle d’effet cela doit leur faire quand ils ont comme chef une jeune femme comme moi qui il y a trois ans encore venais travailler à leurs cotés en tant que stagiaire. En effet, on ne devient pas chef du bureau à 30 ans en France, me dit Piotr Smolar du Monde.

Il y a trente ans RIA Novosti s’appelait APN (Agence de presse Novosti) et n'était pas encore une agence de presse dans le sens classique. APN était une agence de propagande, employant les commentateurs et les journalistes qui racontaient la vie en URSS dans la presse étrangère et éditant des dizaines de ses propres magazines partout dans le monde. C’est TASS (Agence télégraphique de l’Union soviétique) qui détenait alors le monopole en terme de « news ». Les bureaux du TASS, avenue Bosquet, notre chauffeur Carlos les connaît bien. En 1977 déjà il y allait tous les matins pour récupérer les dépêches, me raconte-il alors que j’y vais enfin, au bout de 6 mois de travail à Paris,  pour faire la connaissance de Dmitry Gorokhov, chef du bureau.

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Aujourd’hui RIA Novosti n’a plus besoin de dépêches de TASS, depuis 1991 nous sommes nous-même une agence de presse à part entière. La publication de « L’étude soviétique » en France a été arrêtée depuis une vingtaine d’années, et le rez-de-chaussée de nos bureaux est vide sans l'imprimerie qu'il abritait à l'époque.. Tout est en ebullition à Moscou en revanche. La nouvelle « news room » multimédia de RIA Novosti boulevard Zoubovsky à Moscou qui regroupe en 1 100 mètres carrés 300 correspondants et rédacteurs travaillant dans diverses langues avec les textes traditionnels, les photos, les vidéo, l'infographie, etc., a été inaugurée en janvier. Tous les trois on était déjà à Paris, et il est vrai qu’ici, dans le bureau de représentation que nous sommes, il peut nous arriver parfois d’avoir l’impression que cela se passe ailleurs...  

Cela ne dure pas longtemps en tout cas... Grandes tâches et petites tâches, le travail ne manque pas. Mon « marathon d’automne » risque de durer. Partir quelque part tous les week-ends – me conseillait le confrère d’ITAR-TASS. Avec ma BMW, pourquoi ne le fait-on pas, justement ?

***

Des images qui parlent bien de la spécificité de la mission de l’agence TASS et de l’APN à l’époque:

Photo 1: Les ouvriers d’un sovkhoz écoutent la dépêche de TASS sur le vol du vaisseau spatial Vostok avec Youri Gagarine à bord (le 14 avril 1961). © RIA Novosti  

Photo 2: Les dirigeants de l’Agence de presse Novosti (APN) montrent à Youri Gagarine des articles de l’APN sur les succès de l’industrie spatiale soviétique publiés dans la presse internationale (le 14 avril 1964). © RIA Novosti

 

15 mars 2008

Moscou - Vilnus - Paris

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Les locaux de RIA Novosti à Paris pourraient sans doute raconter beaucoup de choses. Notre bureau parisien occupe un très bel hôtel particulier à 4 étages de la fin du 19ème dans un quartier bourgeois mais convivial du 17ème arrondissement depuis une trentaine d’année, il parait d’ailleurs que l’agence y a déménagé pile l’année de ma naissance. Ambassade de Lituanie avant 1940, le bâtiment a été repris par l’URSS une fois la république balte est devenue soviétique. Pendant la guerre c’est la SS qui s’y installe. Nos vastes caves avec une sorte de cellules font en effet penser aux détenus. Ensuite jusqu’à la fin des années 1970 il abrite les services consulaires de l’Ambassade de l’URSS. L'histoire litigieuse avec la Lituanie n'aurait été réglée qu'en 2005 – on me raconte qu’à la fin des années 90 encore il y avait des activistes français devant nos fenêtres qui manifestaient en exigeant la restitution de l’immeuble aux lituaniens.
Un article du Figaro de 1999 apporte plus de details sur cette histoire. Il raconte que c’est en 1925 que l’hôtel Fournier a été acheté par le premier ambassadeur de Lutuanie en France, qu’en 1940 au lendemain de l’entrée de la Lituanie dans l’URSS le gouvernement Vichy demande de suspendre le fonctionnement de la légation, que l’ambassadeur lituanien refuse de livrer l’hôtel aux sovietique et en remet les clés a la préfecture de police. Le bâtiment est alors occupé par Moscou. L’ambassadeur balte meurt en Sibérie.

Comme par magie le soir-même où Carlos Christiny, 30 ans à l’agence, me sort cet article, je tombe, en faisant une petite promenade dans le quartier, sur l’actuelle ambassade de Lituanie, nous sommes en fait pas loin l’un de l’autre, juste le parc Monceau à traverser. Drôle de sentiment...

Photo: L'entrée principale, coté place du Général Catroux. D.R.

 

14 mars 2008

Quoi de neuf à Moscou?

J’ai appris le français à l’université. Je l’ai choisi un peu par hasard parmis d’autres langues européennes, et je l’ai tout de suite aimé. Des heures de travail quotidien dans la salle audio et le premier voyage en France après la première année d’études sont déjà loin. Voilà 6 mois que je travaille à Paris. Je suis, comme le dit une collègue à Londres, une « jeune chef », c’est vrai – je dirige le bureau parisien de l'agence de presse russe RIA Novosti et mes collaborateurs français ont parfois presque le double de mon âge.

Travailler à Paris a toujour été un rêve, il se réalise maintenant, mais impossible d’en profiter pleinement – tant j'ai la tête au travail. C'est « un marathon d’automne », dirais-je en Russie en renvoyant au célèbre film soviétique du même nom...

"Novosti" veut dire "nouvelles", "news" et RIA Novosti est une agence d’information. Quoi de neuf (à Moscou)? Rendez-vous sur le site de RIA Novosti en russe, en français ou en anglais. Quant à mon blog, il n'est pas sur l'actualité, ce ne seront que de petits épisodes disparates de cette nouvelle expérience parisienne, sans doute à la limite entre le professionnel et le personnel, et sûrement sans aucune régularité..

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